WOUNDS

par Léa Trudel

La rupture est le résultat d'une action - l'indice d'un processus soit naturel ou manufacturé, soudain ou progressif. Elle se manifeste sous la forme d'une fissure, d'une fracture ; un point de rencontre circonstanciel de la surface d'un site et de sa profondeur. Elle est un signe vital qui incarne une potentialité de souffrance que de guérison. Le projet WOUNDS vise à examiner la plaie comme un phénomène biologique et géologique - essentiellement, comme une force de la nature.

À travers la photographie à grande échelle et la vidéo expérimentale, Léa Trudel se préoccupe du potentiel de relations conceptuelles et formelles entre l'art et les sciences naturelles. Elle utilise la perturbation de l'échelle et de la hiérarchie ainsi que la dé/re-contextualisation comme stratégies pour atteindre de nouveaux questionnements. Sa pratique artistique l'a amenée à collaborer avec certaines institutions non liées

à l'art, telles que le Musée Redpath de l'Université McGill ainsi que le laboratoire de microbiologie Path Qc à Montréal. Léa Trudel s'intéresse aussi à l'objectivité de la machine : en photographie, elle utilise ainsi l'appareil pour ses propriétés fonctionnelles en tant que mécanisme optique. Plus récemment, elle se concentre sur l'observation du paysage comme surface abstraite à travers les modes de surveillance et de cartographie.

Le projet photographique WOUNDS sera exposé dans les vitrines de la galerie FOFA de l'Université Concordia du 18 juin au 6 juillet 2012. L'artiste sera présente durant le vernissage, le 20 juin à 18h.


LUTTE

par Habib Bissoh

Je tente d'écrire le récit de la lutte révolutionnaire et de la lutte amoureuse. Et la tâche est ardue comme si les deux luttes, ligaturées dans le corps du révolutionnaire, ne se conçoivent pas distinctement. Et pourtant, dans un texte il doit y avoir un lieu où les deux se déchirent pour se planter. Et pourtant, dans un texte la lutte est constante et émerge toujours de ces ruptures façonnées à même les mots. Les déclinaisons vont se produire lentement et radicalement pour que le texte même devienne une collusion de fractures. Je tente le moins possible d'être précieux et je note un poème.
j'accuse un homme
de n'être pas
possédé de nous-mêmes
sur le bord de la révolte
comme si son désir préexiste
dans mon sexe

Je retourne ma langue vulgaire et pourtant j'aime croire que le mot sexe désormais dirige mon écriture, de telle façon que mes deux luttes en forment une, bipolaire. Ton sexe est une femme double que je veux autour de moi aliéné dans le désordre du cliché.
Je tente d'écrire un long poème de désespoir où la lumière émerge des fissures des vers comme elle reste intacte dans ton sexe. Je regrette le lyrisme, suis pris d'une confusion des sentiments et me sens dans l'impasse de mettre sur une hiérarchie axiologique ton sexe et ma lutte. Je suis dépossédé, et pourtant je me résous à continuer, par défaut.
Je marche quelque part dans la ville et je répète le poème que j'ai noté, te cherche dans la foule mais sais que tu n'y es pas. J'ai envie que ton sexe soit ma révolte.
Je relis.
comme si son désir préexiste
Je pense que je dois aller me masturber de la foule, les hommes m'obsèdent. Inlassablement j'arrive à l'évidence que ton sexe l'emporte sur ma lutte et me récuse. Et je te trouve, avec toi ma révolte, j'ai trop grande manque minée et inévitablement sur le bord de toi. Je pense à Jean Christophe Gagnon et je note un poème.
Et je m'ennuie de
Moi
En t'attendant

Je retourne à la tête du texte, y insère ce poème, le tords jusqu'à en faire ma propre lutte. J'aime ton sexe en sang au fond de moi ma révolution.