MADAME BRUNELLE, MONSIEUR ALLIE

par Wren Noble
Traduction : Habib Bissoh
visuel par Wren Noble

Madame Brunelle et monsieur Allie se rencontrent il y a neuf ans en emménageant dans une résidence pour aînés ; par pur hasard, ils sont voisins de chambres. Un lien se noue, et pendant la marche quotidienne, ils décident de se vêtir de façon identique. Alors que la mémoire de l'une et la vision de l'autre se détériorent, une forte complicité se développe, forçant leurs faiblesses et leurs forces à la complémentarité. Leurs dos se courbent, force de l'âge, et leur identité sexuelle devient vaporeuse et ambiguë sous le veston ou la cravate. Du satin flamboyant à la paillette, tout brouille la dite virilité de leur costard : Brunelle et Allie rejettent totalement la dualité générique du couple, se plaisant dans une marginalité courageuse.

Leur parure colorée et excentrique exprime le rejet de l'anonymat qui accompagne souvent la vieillesse ; à vrai dire, la culture dominante laisse peu de place à la subjectivité et à l'indépendance de l'aîné. Leur apparence devient donc une attaque directe à ce glissement inévitable vers l'obscurité.
Ces photographies montrent, sur le plan esthétique, leur dépendance mutuelle et la porosité identitaire des relations intimes à un âge avancé. Après (ou avant) tout, c'est une étude sur l'excentricité sociale et l'apparence physique ; c'est aussi le fruit d'une belle collaboration entre nous trois. Notre relation en a été une de reconnaissance et d'admiration ; si madame Brunelle et monsieur Allie m'ont permis une intrusion privilégiée dans leur intimité, je leur ai fait, à mon tour, une présentation privée des photographies.