LA VILLE IDÉALE

Par Nicholas Cauchon
visuel par Charles G. Mathieu

Bienvenue à Cité DIX30 dans le quartier qui monte, qui monte, avec ses boutiques branchées, ses restos cools et invitants, et ses lieux énergiques et joyeux pour partir, un soir, à la conquête des étoiles. Cité DIX30, c'est le nouveau coup de génie signé Groupe Cholette et Devimco. La Cité dans le Quartier, où l'on rêve tous d'habiter.

Bienvenue dans la cité où tout le monde rêve d'habiter. Bienvenue dans la ville idéale.
 
Depuis plus de deux millénaires, l'idée de la ville idéale renvoie à des considérations politiques, sociales et formelles. Quoique toutes trois soient intimement liées, j'insisterai ici sur la forme urbaine et sur son mode de production comme expression actuelle d'une urbanité renouvelée, attrayante. De la grille grecque jusqu'à la machine à habiter de Le Corbusier, tous ont tenté de réinventer le monde urbain selon les particularités de leur époque. La ville proposée par le Groupe Cholette et Devimco participe à un courant qui s'inscrit dans cette lignée. Moins radicales et spectaculaires que d'autres, les propositions de ces bâtisseurs contemporains n'en demeurent pas moins cruciales pour le futur de nos villes.
 
Mais qui sont ces bâtisseurs? Qui fait la ville? Si tout le monde y participait au temps de l'architecture vernaculaire, les constructeurs d'aujourd'hui sont hautement spécialisés. Ils prennent part à un marché global dans lequel semblent s'amenuiser les dissemblances formelles. C'est l'ère des promoteurs qui favorisent un produit. Un produit similaire pour Shanghai ou Toronto.
 
Je n'aborderai toutefois pas ici les questions entourant la mondialisation culturelle ou le détachement entre culture locale et architecture. L'aspect mercantile de la production de l'habitat me semble une cible plus juste quant au thème désigné. On en revient ainsi au marché de l'habiter, où la vente et le profit influencent le fond, mais aussi la forme. Accepter la quête du capital comme moteur de la construction du monde matériel n'en revient-il pas à considérer le libéralisme comme serviteur du bien commun?

Cette foi est celle de l'objet de la vente. Le produit est plus qu'un condo, qu'une «unité», il s'agit de la vie urbaine. Vous savez, celle avec ces boutiques branchées et ses restos cools? Le «style de vie». Oui, il est maintenant désirable d'habiter en ville. Oui, nos bâtisseurs ont conclu qu'il était désormais rentable de proposer de grands projets résidentiels en milieu fortement urbanisé. Oui, cette pratique rejoint les objectifs de densité et compacité de nos administrations. Oui, ces taxes foncières enrichissent le trésor municipal.

Oui, vendons. Léchons des images et banalisons des symboles pour en faire des slogans publicitaires ridicules. Utilisons du design mièvre et attendu pour assentir l'identification d'individus à une nouvelle classe sociale de propriétaires urbains. Car, le saviez-vous, la ville nouvelle en est une de propriétaires ? Oui, l'espace acquis est investissement, enrichissement. L'immobilier est un secteur lucratif où l'on ne saurait lésiner sur le marketing afin de rentabiliser de coûteuses opérations dans le tissu urbain.

Le projet immobilier Saint M propose l'émotion urbaine à son meilleur et vous plonge au cœur même d'un univers où luxe, élégance et sobriété contemporaines se marient pour façonner un art de vivre unique, à votre image..

Qu'est-ce que l'émotion urbaine? Qu'est-ce qu'un art de vivre à mon image?
 
Ce sont des frivolités. Du vent, du marketing. Une pure distorsion entre image de marque et urbanité. La ville n'est pas que luxe. Elle n'est pas que prestige. Elle n'est pas que stationnements souterrains automatisés. Elle n'est pas neuve. Altitude, Saint M, M9, District Griffin. Définissions le produit, donnons-lui une couleur, une image. Futiles sont le quartier et la rue, mon habitat est un monde en soi. Embrassons l'idée urbaine comme un décor malléable pour s'établir sans égard aux formes historiques ayant pourtant prouvé leur résilience. Ces projets attaquent ce qu'ils promeuvent en s'accordant à une image fantasque destinée à vendre. Lourds, ils participent à la destruction de ce pourquoi ils prétendent exister. Ils regroupent une masse de consommateurs sous une signature et des services qui les distancient de la rue, de la réalité. Ils créent une rupture avec l'Autre. La rue, support extraordinaire de la vie urbaine, est d'abord une rencontre. Elle est diversité, elle est différence. Elle est celle qu'on emprunte pour aller à la piscine, au dépanneur. Elle est celle qu'on marche pour s'exprimer, pour revendiquer. Elle est celle qui se déroule au rythme des façades et des visages. Comme la ville, elle est belle; laide, sale et détestable.
 
Lieu d'échange et de rencontre depuis toujours, la ville est un carrefour, un nœud. Elle est inégale, elle est violence. Elle est progressiste, elle est phare.

`