MORDS-MOI L'NŒUD, BEBÉ ! - UNE CHRONIQUE PAS PROPRE

par Edouard H. Bond
visuel par Julien Archambault

« I was born in the dirt I never had no home
And the places I've lived
You don't wanna know
But if you wanna hear evil
Just come a little bit close »
I'm the one , Danzig

Je pue du batte. Toutes les filles qui le se sont mis dans' yeule peuvent en témoigner, pis y en a une hostie de trâlée à qui ma graine a servi de sucette. Elles étaient pas toutes spic'n'span elle' avec. Je me suis déjà retrouvé avec une cuillérée à soupe de croûte pognée dins dents en mangeant une fille, tellement que j'ai pensé que c'était un transsexuel qui venait juste de se faire faire la grande opération pis qu'on lui avait botché sa chirurgie, que sa nouvelle plotte se décomposait dans ma bouche. Une autre voulait que je l'encule, on était dans une ruelle, elle a relevé sa jupe, baissé sa culotte, pis quand je me suis penché pour lui mouiller le trou a'ec ma grosse langue baveuse, je suis tombé nez à nez avec une trace de break qui partait de sa chatte jusqu'à son tramp stamp. Je l'ai enculée pareil, mais à sec. Ç'a pincé un peu, mais ça y allait quand même aux toasts, cré-moé.

J'ai commencé à puer du batte quand mes premiers textes ont été publiés dins revues, circa deux mille cinq. Aux lancements, on s'est mis à m'offrir des blow jobs de manière quasi systématique. À l'époque, j'étais encore jeune pis fringant, faque je pouvais bander adéquatement dans à peu près n'importe quelle yeule, j'en ai donc profité amplement étant donné que c'était le seul véritable salaire que je pouvais tirer de mes publications. J'ai fourré la face à Mélanie, Julie, Catherine, Véronique, Sophie, Lucille... J'invente des noms à mesure parce qu'en général, je m'en souviens pas, chuis pas bon a'ec les noms. Tout ce que je peux arriver à me rappeler c'est que la plupart acceptait d'avaler non pas par grandeur d'âme ou par quelconque dévotion au grand Ed.Hardcore, ô non ! Elle préférait tout gober plutôt que de se faire cochonner le visage ou le décolleté - j'étais quand même gentleman : j'apportais toujours un shooter de Jameson pour qu'elle se rince après. J'ai ainsi joui au Salon Daomé, au Café Campus (le petit pis le grand), au Centre canadien d'architecture, à l'Esco, au Lambi, pis j'en saute un tas, t'sais.

J'ai vieilli, j'ai enflé jusqu'à deux cents quarante livres, je me suis mis à me nourrir de drogues dures pis à boire comme une éponge, une hostie de grosse éponge loadée de moulée à danseuse, faque j'ai cessé de bander. Ma consommation de pornographie de plus en plus extrême a certainement pas aidé; les blow jobs, c'était pour les fillettes.

Aujourd'hui, généralement, ça se passe toujours de la même manière : on s'excite en buvant quelques verres, on french, je la doigte, elle me caresse, je bande du mieux que je peux, on se trouve un racoin, elle s'agenouille, je sors mon batte, elle me crosse un peu, lèche le bout de mon gland luisant, elle commence à me sucer, j'aime ça, pis je perds le peu de vigueur que j'ai pis je ramollis sur sa langue. Mais ça finit pas de même, je bousille ce qu'il me reste d'orgueil en lui disant de sortir ses boules pour me faire rebander, je me crosse dans sa face, mais j'arrive à rien évidemment, je suis obligé d'y aller à deux doigts tellement ma graine shrink, la fille remballe ses boules, je lui dis « non, arrête, j'y arrive », elle me répond « fuck off », pis on retourne boire, pis parler d'aut' choses.

Puer du batte, c'est quelque chose, c'est même un peu facile, t'sais; mais quiconque a déjà pissé des grumeaux blancs peut témoigner du martyre dont j'ai souffert. Hostie de littérature, hostie de graine, hostie de vie.

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Chuis wrapé dans un drap crotté au milieu d'un vieux futon raide posé directement sur le plancher. La fenêtre a pas de rideaux, ni de store, le soleil m'a dans sa mire, je rôtis.

- Esti qu't'es beau.

Rien à faire, je me souviens plus de son prénom. Ça finit par un A, elle a la face d'une fille dont le prénom finit par un A. Patricia, Mya, Bianca. J'ai beau chercher, j'ai aucune crisse d'idée. Pas grave, je me suis sorti d'embarras bien plus pires.

Je l'ai regardée en me décrottant les yeux.

- T'as-tu de l'eau, chérie ?

La toutoune est accotée sur le cadre de la porte pis me fixe en silence a'ec ses yeux porcins. Il se passe de quoi dans sa tête, mais c'est pas clair. Sa bouche molle me donne l'impression qu'elle est incapable de reconnaître sa gauche de sa droite, mais ses oreilles hautes, aux aguets, pis son sourire coquin dévoilant des dents croches pis luisantes m'indiquent clairement qu'elle a de quoi qui lui travaille l'esprit. Elle reste silencieuse.

Faque je déconstruis.

- De l'eau, bebé, t'as ça ?

Je venais de me réveiller en sursaut, une force invisible pesant sur ma poitrine, j'avais manqué de souffle. Ma cage thoracique semblait s'être refermée sur moi-même comme une gigantesque pince pis mon sternum écrasait mes poumons. J'ai poussé un râle, j'ai inspiré du mieux que je le pouvais pis j'ai toussé creux. On aurait dit que je souffrais d'un sévère emphysème pulmonaire. Comme matante Monique. Un morviat de la grosseur d'une pinotte en écale est remontée dans ma gueule pis a roulé sur ma langue jusqu'à mes dents d'en avant. J'ai avalé la masse gluante en grimaçant.

Je n'avais jamais fait ce safari au Kenya, je n'avais jamais pogné une débarque en bas de la jeep au milieu d'un troupeau d'éléphants en furie, je ne m'étais jamais fait piétiner. J'étais dans une chambre qui m'était inconnue. Pour faire changement.

Encore une fois, j'avais ce goût ferreux du vieux sang que je connaissais si bien. Ma salive, pour le peu qu'il en subsistait, avait la texture d'une vase collante. J'eus du mal à faire claquer du premier coup ma langue épaisse pis lourde, tout engourdie qu'elle était. Mes dents étaient recouvertes d'une fine pellicule de sang séché.

J'avais abusé des bonnes et des moins bonnes choses la veille, pis ça s'était mal terminé. Inévitablement. Laissé à moi-même, sans surveillance, j'étais incapable d'être raisonnable, pis encore moins de me raisonner moi-même quand c'était le temps.

À quelques pouces de mon museau enduit de sueur, un cadran digital affichait les quatorze heures passées.

- Crisse.

Je gisais au milieu d'une petite chambre au plafond haut et craquelé pis aux murs jaunis par la fumée de cigarette - un cendrier qu'on avait pas vidé depuis des jours reposait sur le cadran poussiéreux.

Ma mâchoire me faisait souffrir comme ç'avait pas d'bon sens. En passant un doigt dans ma yeule, j'ai constaté qu'une de mes prémolaires manquait à l'appel. J'avais mal dins côtes itou, une sensation de brûlure intense comme si je m'étais accroché sur l'élément du four à broil. J'ai soulevé le drap qui m'emballait pour découvrir une vilaine écorchure le long de mon flanc gauche.

- Crisse.

Ça me revenait tranquillement pas vite, je mettais au foyer les souvenirs flous de la veille. Trois p'tits verrats qui faisaient des fautes d'accord de participes passés en parlant. Moi, inapte à évaluer le danger, qui les invectivais pour le thrill. Splendide mêlée. Coups durs. Coups d'chien. Coups vaches. Perte de signal. Éveil béat sur le trottoir. Rinçage aux shooters au comptoir de l'Esco. Nouvelle perte de signal.

Ça sent la vanille à plein nez dans la chambre. J'ai toujours haï l'odeur trop sucrée de la vanille.

- Faque ? me demande l'adipeuse avec sa voix aussi douce qu'une feuille de papier sablé.

Elle est vêtue uniquement de mon T-shirt Louis Ferdinand Céline Dion, l'original, le noir. Sa seule qualité physique, à première vue, c'est de posséder tous ses membres. De gros membres dodus appuyés contre le cadre de porte qui menace de céder sous la torture.

- Faque quoi ? demande-je en m'inquiétant pour la charpente de la bâtisse.

- Tu prends quoi dans ton café, mon chou ? Lait, sucre... me demande-t-elle sans avoir conscience du danger qui plane sur nous.

- Non. Pas de café. M'a juste t'orprendre mon T-shirt avant que tu l'déformes.

- Tu euh...

- Je sacre mon camp. Enweille, donne-moé mon crisse de T-shirt, veux-tu ?

- T'étais pas mal plus sweet hier soir, me dit-elle en retirant enfin mon précieux T-shirt.

Je vois sa bédaine retomber mollement sur sa chatte; a'ec ses deux grosses cuisses, ça forme un Y chubby de plis de peau. Je tourne les yeux avant qu'elle ne dévoile ses mamelles - des boules de toutounes, c'est beau quand c'est emballé dans une brassière-armature du début des sixties, style crise des missiles de Cuba.

- Hier soir, dans l'état que j'tais, j'aurais pu être sweet avec une pile de vieux pneus usés à' fesse.

- Mange d'la marde !

- Sorry babe, mais j'ai pas faim en me levant.

Elle me garroche mon T-shirt pis s'enfuit en faisant trembler la planète. Un peu plus pis la Terre sortait de son orbite.

Je me redresse. Je m'assois en Indien au milieu du lit. Je passe à deux doigts de me mettre à brailler tellement j'ai mal. J'enfile mon T-shirt en constatant qu'il me pète sur le corps à moi aussi - crisse, j'étais aussi gros qu'elle, sinon plus. En fouillant pour retrouver mes jeans, je tombe sur une petite culotte tachée de mentrues. Ça remonte une fois de plus dans ma gorge, je crache le morviat rose dans un coin du futon, je mets un oreiller dessus.

- Tu mets quoi dans ton café ? me crie-t-elle de la cuisine.

Crisse.

Son café est pas buvable, il goûte ma graine beurrée de marde après t'avoir enculée sans lavement.

- Ton nez...

- Quoi mon nez ?

- Y saigne.

Je vais m'examiner dans le miroir de la salle de bain. Chuis poqué que l'câlisse, pareil comme si j'avais reçu en pleine face un viaduc construit par les Italiens de Laval. Je me rince le visage à l'eau fraîche pis je me vide la tinque.

- T'as-tu faim ? J'ai d'quoi nous faire une omelette.

J'ai le cœur au bord des lèvres pis le sang qui pompe dans mes tempes. Je fouille mes poches pis je trouve le bill de vingt piasses roulé a'ec lequel je me suis enfilé cinq sacs de coke la veille. Bingo.

- Call-moé un taxi, veux-tu ?

J'attache mes running shoes en silence dans le salon en jetant un œil inquiet à l'horloge sur son lecteur DVD, elle indique quatorze heures trente. Déjà. À quelques pieds de moi, la baleine à bosses boit son café infect en se tortillant dans sa robe de chambre au trois quart ouverte, mais vu l'amas de graisse plaquée de rougeurs dont elle dispose, il m'est impossible de voir le début du commencement de sa chatte. Pis c'est mieux de même.

- Tu vas-tu parler de moi dans une de tes histoires, Ed ? me demande-t-elle en m'expédiant un sourire pas sûr.

Je réfléchis un court instant. Ça klaxonne dehors.

- C'est sûr, babe, comment je pourrais pas, t'sais... T'aurais pas vingt piasses pour le cab ? M'a t'ormettre ça dans pas long.

Elle fouille dans sa sacoche pis me donne deux billets de dix fripés. J'évite son regard en sortant pis je me dis que tout' ça, ça va faire une crisse de bonne chronique. Mais avant, il faut que j'aille me laver le batte.

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